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Daniel Raimboux

 

CONDUITE DE CUISSON DU FOUR DE SEREIN

 

J’utilise le plus souvent du chêne ou du bouleau.

Le chêne brûle avec une flamme courte, bruyante, très chaude. Le bouleau est un bois fabuleux. Il faut bien sûr qu’il soit fendu vert. Il donne une flamme longue et molle, douce, silencieuse qui passe bien autour des pots et dispense sa chaleur sans points chauds comme le chêne. L’acacia, bruyant, est aussi très bon.

CONDUITE DE CUISSON

Voir un exemple de courbe de suivi de la température.

Petit feu jusqu’à environ 500°C atteints en 4 à 5 heures. Le bois, en gros morceaux au début puis moyens à gros, est introduit par l’ouverture principale du foyer, sous la grille (1 sur les plans). Les ouvertures latérales (2) sont bouchées. Montée lente au début, dépendant du taux d’humidité des pièces ou si l’on fait une cuisson de dégourdi ou d’émail. Tirage réglé à 5 ou 6/10.

Grand feu : A partir de cette température, on a un beau lit de braises dans le cendrier et on change d’alimentation : le bois de grosseur moyenne est introduit au dessus de la grille (3), par petites charges au début, pour éviter une montée brutale de la température. En effet, les flammes commencent à monter en haut de la voûte à chaque charge, et à lécher les pots. On augmente progressivement les charges, « en suivant le feu ». L’ouverture principale est à moitié obstruée (1) et les deux ouvertures de chaque côté sont débouchées (2). Globalement, la même quantité d’air entre dans le foyer, mais plus étalée en largeur.

On passe de 500°C à 900°C en moins de deux heures (t=7h). Je commence alors la réduction pour les céladons et les bleus de fer. A partir de ce moment, les charges de bois fendu se succèdent à un rythme qui s’accélère d’abord puis se stabilise, toujours en « suivant le feu ». Le volume du foyer au dessus de la grille est plus qu’aux ¾ rempli à chaque charge en régime de croisière. La réduction est poursuivie jusqu’à la fusion de l’émail.

A chaque charge, forte production de fumée noire (combustion très incomplète, productrice de carbone) puis installation d’une atmosphère réductrice (CO) ; long chemin de flamme assez sombre traversant les deux chambres ; un peu de fumée à la sortie ; puis éclaircissement des gaz de combustion (atmosphère neutre à légèrement oxydante, montée de la température) et raccourcissement du chemin de flamme. Dès que la flamme ne lèche plus tous les pots de la 1ère chambre, on recharge. Tirage à 5/10 pour maintenir la réduction et monter tout de même en température.

Autour de 1200°C (t=8h environ), la température en haut de la murette est plus élevée (une cinquantaine de degrés) que celle qu’indiquent les montres situées à l’opposé, côté sortie des gaz. J’alterne alors les charges normales (3) et des charges de bois introduit par le trou à gauche de la porte (4). Le bois brûle alors dans la chambre, derrière la murette. Les gaz de combustion donnent leur chaleur plus loin, ce qui remonte la température à droite (côté montres, sortie) en stabilisant la température en face chaude.

Après une dizaine d’heures, on atteint 1300°C au pyromètre (haut de murette, dans les pots, à gauche), 1280°C en face, en haut ou en bas. Pas de palier car l’arrivée à cette température est lente. On passe alors à la deuxième chambre.

Deuxième chambre

On cuit cette chambre en récupérant une partie de la chaleur emmagasinée dans la première. L’air qui traverse la première chambre se réchauffe au contact de la masse incandescente, refroidit celle-ci, et entre dans la deuxième chambre à plus de 1000°C, peut-être 1100°C. A l’intérieur de la chambre, Il fait un peu moins de 1000°C à droite (emplacement des montres). Le bois introduit en bouts fendus fin (4) explose littéralement. Charges rapprochées, montée très rapide de la température. En moins d’une heure, on atteint 1200°C.

Pendant ce temps, la première chambre s’est bien refroidie. Le pyromètre indique 800°C à 900°C et il fait plus froid en bas. Il est alors prudent de fermer l’air entrant dans cette première chambre.

Ici intervient le second foyer, sous la chambre, et la deuxième raison de son existence. En effet, alors qu’une surface de combustion réduite (derrière la murette) suffisait à monter en température avec un air entrant à 1000°C, il faut une surface de combustion presque trois fois plus importante pour apporter autant de calories avec de l’air admis à 10°C ou 30°C selon la saison (la différence n’est absolument pas sensible d’ailleurs).

L’alimentation se poursuit donc dans ce foyer en introduisant le bois par la porte (5). L’air est admis par un tunnel qui en répartit bien l’apport jusqu’au fond. La porte de ce tunnel (7), plus ou moins ouverte, assure le réglage de cet apport d’air. La porte (6) est toujours fermée en fonctionnement ; elle ne sert qu’au décendrage. Une charge de temps en temps par l’ouverture supérieure (4) pour désengorger le foyer du dessous.

 La combustion se poursuit donc avec moins de violence mais toujours très vite. Il faut 1h30 pour atteindre 1300°C dans cette 2ème chambre (montée de 300°C).

Arrêt de l’alimentation. Réoxydation éventuelle de 15 à 20 minutes (air ouvert), selon l’effet désiré sur les pots ‘les céladons ou bleus de fer sont insensibles à cette réoxydation car ils sont fondus, donc fermés. Fermeture totale des entrées d’air et du tirage. Fin de la cuisson. Silence. Douceur de la radiation du four brûlant.

Ce four refroidit en trois à quatre jours, vu son isolation. Les pièces du haut sont encore à 100°C à l’ouverture prudente et progressive des portes.

 RÉGLAGE DU TIRAGE

Un four de ce type, montant, n’aurait théoriquement pas besoin d’une cheminée pour fonctionner. Celle-ci étant obligatoire, il faut réduire son tirage. Il y a deux façons de procéder :

  • La première consiste à ouvrir progressivement une prise d’air dans le conduit de la cheminée. C’était le dispositif du petit four de Chablis. Ce système est sensible « au début » c'est-à-dire pour diminuer le tirage maximal. Mais l’effet coupure n’augmente pas proportionnellement avec la taille du trou et devient vite inefficace. En effet, Les gaz passent, poussés par la combustion et la pente ascendante du four.

  • La seconde, la plus fréquemment employée, consiste à obstruer le conduit par une plaque introduite en travers. C’était le système employé dans le four à flamme renversée de Merry-Sec. Ce système n’a aucun effet au début ; l’effet coupure est de plus en plus sensible près de la fermeture complète.

Le dispositif de réglage de tirage que j’ai installé pour ce four-ci combine les deux systèmes. Une plaque (9), articulée en bas, encastrée dans la paroi intérieure du conduit, masque une ouverture pratiquée dans ce conduit (8) lorsqu’elle est en position verticale : tirage maximal. En s’abaissant dans le conduit, elle ouvre progressivement la prise d’air puis, en basculant, elle finit par obstruer le conduit. L’effet coupure est d’abord assuré par l’ouverture progressive du trou, puis relayé par l’obstruction progressive du conduit. Le réglage du tirage, commandé devant les portes par un renvoi de câble et un système de contrepoids, est ainsi très régulier et permet une bonne maîtrise de la montée des flammes dans les chambres, et de l’atmosphère de cuisson. J’ai gradué le débattement de 0 à 10.

Pour éviter une poutre, j’ai dû déporter l’axe de cheminée. Craignant une différence d’aspiration entre l’avant et l’arrière, j’ai divisé le conduit en deux et mis en place deux plaques. En réalité, la différence est peu ou pas sensible (1/10 au maximum). Toutefois, ce double système me permet de moduler les charges et donc la montée en température entre l’avant et l’arrière s’il arrive qu’une différence de température apparaisse (je dispose en fait deux ensembles de montres, en haut, en face du regard : un plutôt devant et un plutôt au fond).

En cours de la cuisson, régime « de croisière », on ajuste le tirage pour obliger la flamme à bien monter et lécher le sommet des voûtes. Le bas de la chambre est alors en dépression (importance d’une bonne étanchéité de la porte ; justification de l’emplacement assez élevé des trous d’alimentation) et le haut de la chambre est en surpression (la flamme sort par le regard pratiqué en haut de la porte si on enlève le verre).

Lors de grosses charges, j’augmente parfois le tirage pour limiter dans le temps cette phase de combustion très incomplète, où la fumée est très noire, où la température a tendance à descendre et où l’atmosphère n’est pourtant pas spécialement réductrice. Après une minute, s’installe un régime stable de combustion réductrice et on réajuste le tirage.